Blaise Oberson
Blaise Oberson

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8 avril 2026

Ce regard qui ne cède pas – et ce qu’il nous dit aujourd’hui

Un regard pour la vie ?

Il y a des regards que l’on n’oublie pas.

C’était celui d’un prisonnier politique que je visitais pour la première fois dans le cadre de mes activités pour le CICR.

Chancelant, hagard, détruit.
Mais déterminé.

Il m’a montré ses marques.
Les coups. Les tortures.

Et dans ses yeux, une certitude absolue :
« Personne ne me brisera. »

L’odeur.
La solitude.
L’enfermement.
La bestialité.

Je découvrais l’impossible.
L’innommable.

Mais ce regard, premier d’une longue série au fil des années, est resté gravé en moi.

La fin des illusions

Ce souvenir me revient aujourd’hui, au moment où je commence à écrire mon prochain livre.

Là, il ne s’agissait plus de comprendre le monde.

Il s’agissait de voir ce dont l’homme est capable.

Ce regard faisait écho, pour moi, à cette phrase de Paul Valéry, écrite au lendemain de la Première Guerre mondiale :

« Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. »

Cette phrase marque une rupture.

La fin d’une illusion :

Celle de croire que nos équilibres sont acquis,
que nos repères sont stables,
que l’histoire serait derrière nous.

Sommes-nous alors à un moment de bascule ?

Alt = "Photo de Rafael Garcin, le monde bascule" https://unsplash.com/fr/photos/silhouette-dun-moulin-a-vent-avec-le-soleil-couchant-en-arriere-plan-szEGxuXEMog"
Photo de Rafael Garcin

La question revient sans cesse.

Chaque époque a cru vivre un basculement.
Et souvent, elle avait raison.

Rome s’est effondrée.
D’autres mondes ont disparu.
Et pourtant, l’histoire a continué.

Mais la vraie question n’est pas là.

Ce qui compte, ce n’est pas de savoir si le monde bascule.

C’est de savoir comment nous nous tenons quand il commence à vaciller.

Ce qui en nous ne cède pas

Ce que j’ai vu là-bas ne relevait pas d’une théorie.

C’était la réalité brute.
Celle qui ne se discute pas.

Ce fut aussi, pour moi, la fin des illusions.

Une transformation intérieure profonde, qui allait peu à peu orienter mes choix de vie.

Je n’en mesurais pas encore toutes les conséquences.
J’y reviendrai.

Mais une chose s’imposait déjà :

La présence, dans ce regard, d’une résistance absolue.

Intouchable.

Alors une question demeure :

Qu’est-ce qui, en nous, ne cède pas ?

Ce sera l’un des fils essentiels de mon prochain ouvrage.

Face au mal, la beauté

Dans Impossible Nuit, j’explore justement cette tension :

« Je marcherai plutôt avec la brise
Main tendue vers l’auréole d’un sourire
Et comprendrai la largeur du renouveau
Par la nudité du présent. »

Le monde tremble, et pourtant quelque chose tient.

Peut-être que notre tâche n’est pas de maîtriser l’incertitude, mais d’apprendre à l’habiter.

Celle de rester digne malgré les secousses du siècle.

Et de refuser que l’inquiétude étouffe notre capacité à voir la beauté.

Comme l’écrit François Cheng dans « Cinq méditations sur la beauté »:

« Face au mal, la beauté se tient à l’autre extrémité de notre destin. »

Et encore :

« Nous avons pour tâche urgente (…) de dévisager ces deux mystères qui constituent les extrémités de l’univers vivant : d’un côté le mal, de l’autre la beauté. Ce qui est en jeu n’est rien de moins que la vérité de la destinée humaine ».

Conclusion

Je ne sais pas de quoi demain sera fait.

Mais je sais ceci :

Nous pouvons encore choisir comment nous habitons ce qui arrive.

Et dans les moments où l’histoire chancèle vraiment, tenir debout devient l’acte le plus essentiel.

Ce livre est en train de s’écrire.

Et peut-être que certaines de ses pages commencent ici.

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  1. j’aimerais publier un poème qui m’a récemment été inspiré par l’actualité, le puis-je et dans quelles conditions ?
    Merci par avance de votre réponse
    Cordialement, Jean Gelbseiden

    • Bonjour, Merci pour votre mot. Ecrivez-moi directement (contact@blaiseoberson.com) pour votre idée de publier un poème inspiré par l’actualité et on en reparle avec plaisir. Bien à vous

  2. J’ai beaucoup aimé votre texte ! Merci . À propre de mon maître Valéry , j’ai récemment donné une conférence à Genève – en développant notamment – la célèbre déclaration de Valéry «  Nous autres civilisations … « conférence que j’ai également donnée dans le cadre de la Société européenne de culture en visioconférence.

    Quelques remarques : 1. Valéry n’est pas le premier à avoir fait cette remarque qui est aussi un avertissement ( in la Crise de l’esprit , 1ere phrase de la première des deux lettres ). Il est précédé par l’historien Gibbon du 17eme in « la fin ? Ou le déclin de l’empire romain «  Oscar Spengler en parle aussi.

    2. Je trouve trop strict le mot de « mortelles »utilisés par Valéry . Pourquoi ?
    Parce qu’une civilisation laisse toujours – ce qui n’est pas le cas de tous les humains , un héritage . La philosophie héritée des Grecs , le Droit des Romains, l’astronomie des aztèques , les parfums , les soies , les beaux vêtements féminins créés par l’ancien empire perse , les constructions monumentales de l’ancien Égypte , etc etc … tous ces héritages , malgré la fin des civilisations les unes après les autres , ont eu des héritiers pour le droit , l’art , la philosophe, les mathématiques .

    3. Aussi une civilisation ne disparaît jamais complètement !

    4. Où en sommes-nous ? Fin de la civilisation type judéo-chrétien ? Prémisses ? Tournant ? Je parlerais plutôt de dégénérescence . Si celle-ci devait « disparaitre » , quel héritage pour la nouvelle civilisation ? Je pencherais pour l’héritage du Christianisme , mais soyons clairs, pas en tous ses composants . L’institution est à revoir . Alors que resterait -il ? Quel héritage chrétien . Le message de Jésus , son message universel !

    5. Mais il y a encore un autre point à considérer . À supposer que telle ou telle civilisation – pas seulement la nôtre – répudie intégralement l’héritage qui lui
    reviendrait alors , dans ce cas , on pourrait parler de la mort de la civilisation précédente , d’une mort totale . Mais est – ce possible? En théorie tout est possible , mais dans la réalité je doute d’une répudiation totale de l’héritage dune civilisation.

    Voilà brièvement jetés sur mon iPhone ces quelques considérations très insuffisantes ,

    Je vous enverrai sous peu mon dernier article à paraître dans la tribune de Genève où depuis un an je tiens une chronique mensuelle.

    A l’instant où je vous écris je suis dans le train pour lyon, discussion avec mon éditeur pour préparer la diffusion de mon prochain roman …

    À bientôt ! François

  3. Très beau témoignage, il aide à ne pas s’enfermer ces jours dans la noirceur intense du monde. Gaza, l’Iran, le Liban sont le sang de notre planète qui coule actuellement

  4. Très belle leçon de vie applicable aux nôtres même s’il faut beaucoup de force, de modestie, pour s’imprégner de ses duretés.

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