Avant de nous quitter jusqu’en septembre, j’aimerais vous laisser avec une voix.
Celle d’Andrée Chedid.
Depuis plusieurs mois, nous avons beaucoup parlé ensemble.
De l’Histoire qui semble parfois bégayer.
Des conflits qui s’étendent.
De la violence humaine.
De la peur.
Mais aussi de la beauté, de la poésie, de la capacité des femmes et des hommes à tenir debout lorsque tout vacille.
Je cherchais par conséquent un texte qui puisse nous accompagner cet été et nous donner une leçon de confiance.
Non pour détourner le regard du monde, mais pour nous aider à le regarder autrement.
Et je l’ai trouvé dans Rythmes, un recueil publié par Andrée Chedid en 2003.

Jean-Pierre Siméon évoque à son propos, dans la préface du recueil (édition Gallimard, p.16), un « optimisme persévérant ». L’expression est puissante. Elle dit parfaitement ce qui me touche chez cette poète.
Andrée Chedid a traversé le XXᵉ siècle, ses guerres, ses exils, ses violences. Elle connaissait la fragilité des êtres et la souffrance des peuples.
Pourtant, jamais elle ne renonce à célébrer la vie.
Elle écrit ainsi:
« Face au rude
Mais salutaire
Affrontement
L’homme sacra
Son séjour éphémère
Pour y planter
Le blé d’avenir »
Ces quelques vers disent tout.
Ils nous rappellent que chaque génération reçoit un monde imparfait et qu’il lui appartient malgré tout d’y semer quelque chose qui la dépasse.
Une confiance.
Une œuvre.
Une transmission.
Un avenir.
Plus loin dans le recueil apparaît cette phrase lumineuse :
« Notre cœur bat toujours au centre du soleil. »
Je ne la comprends pas comme une invitation à l’optimisme facile.
Mais plutôt comme un acte de résistance.
Comment continuer à faire vivre notre humanité dans un monde qui semble si souvent la renier ?
Car ce n’est pas seulement une question politique ou philosophique.
C’est une question de présence et de conviction.
Chedid nous répond à sa manière : en continuant à accueillir la beauté du monde, quel qu’en soit le prix. Un parti pris radical, sans détour, totalement assumé.
Il s’agit là d’un acte résolu, une force déterminée, ouverte et généreuse.
Comme une fidélité à ce qu’il y a de meilleur en nous, de solidité et d’énergie extraordinaire, en particulier dans les situations les plus difficiles et les plus insurmontables.
Cette conviction, on le sait, m’accompagne depuis longtemps. Elle traverse mes poèmes, mes réflexions, et elle sera au cœur du livre que j’ai commencé à écrire.
Un livre qui cherche, lui aussi, à comprendre comment tenir debout dans un temps d’incertitude et de basculement.
Avant de nous retrouver en septembre, je vous souhaite un été habité.
Un été de lectures.
De rencontres.
D’émerveillement.
De silence parfois.
Un été où le cœur continuera de battre au centre du soleil.
Alors je vous laisse avec ces derniers mots d’Andrée Chedid :
« Ainsi chemine
Le langage
De terre en terre
De voix en voix
Ainsi nous devance
Le poème
Plus tenace que la soif
Plus affranchi que le vent ! »
A bientôt.
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