Blaise Oberson
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22 janvier 2026

Tenir debout quand le monde bégaie

Alt= "Mer de nuages avec lumière à l’horizon – image d’espérance et de responsabilité"
Vue depuis la montée sur Verbier, Valais, Suisse, janvier 2026

Dans la précédente newsletter, je m’arrêtais sur une question préoccupante :
pourquoi l’histoire se répète.

Depuis, j’ai profité des fêtes de fin d’année pour continuer à lire, écouter, et tenter d’aller encore plus loin dans cette réflexion.

Il existe évidemment aujourd’hui une importante littérature, lucide, souvent inquiétante, sur l’état du monde. Des auteurs analysent, démontent les mécanismes, décrivent les rapports de force, et parfois disent leur inquiétude.

Quand des voix venues de la géopolitique comme celles de Pierre Haski (lire en particulier ses chroniques dans Le Nouvel Observateur ou d’Hubert Védrine, (par exemple « Après l’Occident ? « ) expriment chacune à leur manière une forme de gravité face au présent, cela interpelle considérablement.

Il serait cependant naïf de croire que quelques idées, quelques livres ou quelques bonnes intentions suffiraient à redresser la situation. Peut-être faut-il accepter une chose plus dérangeante encore : notre époque ne se “résout” pas ainsi.
Elle se traverse.

Alors on fait quoi ?

J’ai essayé de réfléchir à quelques pistes, en parcourant également des textes anciens comme des ouvrages plus contemporains (voir bio ci-dessous.)

En simplifiant au maximum, voilà ce qui me semble possible de dire à ce stade : 

Ne pas ajouter du brouillard au brouillard

À force de diagnostiquer le pire, un risque apparaît : l’angoisse.
La peur permanente finit par paralyser autant que le déni.

C’est là que des penseurs comme Raymond Aron restent précieux. Dans « L’Opium des intellectuels », il rappelait déjà que les illusions sont parfois plus dangereuses que les menaces elles-mêmes.

Penser clair ne sauve peut-être pas le monde.
Mais renoncer à la clarté nous perd à coup sûr.

Concrètement, cela signifie : ralentir le flux d’informations, refuser les récits trop simples, accepter de ne pas avoir d’opinion sur tout.
La lucidité n’apaise pas toujours.
Mais elle évite de s’égarer.

Tenir une ligne, même quand tout devient chaotique

Lorsque les temps deviennent difficiles, la tentation est grande de durcir aussi son langage, ses jugements, ses positions. De désigner des ennemis. De justifier l’injustifiable.

C’est ici qu’Albert Camus reste un repère essentiel. Dans « Ni victimes ni bourreaux », il posait une ligne simple et exigeante :
refuser l’injustice sans devenir injuste à son tour. Lire également cet article (quand Camus rêvait d’une civilisation du dialogue) et la précédente Newsletter.

Très concrètement : surveiller ses mots, réagir à l’injustice, préserver la nuance, ne pas se résigner.
Ce n’est ni évident ni spectaculaire.
Mais c’est une ligne morale. Et elle compte.

Réduire l’échelle pour rester responsable

Quand le monde devient ingouvernable, la tentation est de vouloir tout embrasser, tout comprendre et de s’épuiser. Peut-être faut-il accepter l’inverse : réduire l’échelle.

Nous ne contrôlons pas l’histoire.
Mais nous répondons de ce que nous faisons circuler, de ce que nous communiquons, de ce que nous transmettons.

Agir aujourd’hui ne signifie peut-être plus « changer le monde ».
Cela signifie, au moins, ne pas l’aggraver.

Résister sans bruit

Dans ce contexte, les gestes modestes prennent une valeur inattendue.
Lire un livre jusqu’au bout. Marcher sans téléphone. Écrire. Écouter (S’écouter). Prendre le temps.

Facile à dire, beaucoup plus difficile à vivre au quotidien, j’en suis moi-même encore loin.

Des penseurs contemporains comme Frédéric Gros le rappellent : la lenteur, la retenue, la marche comme rupture avec le monde moderne, le silence, voire la désobéissance sont déjà des formes de résistance.
Pas pour fuir le monde.
Mais pour rester vivant en lui.

Commencer l’année sans se mentir

Peut-être que notre époque n’est pas aussi sombre que nous ne voulons l’admettre.
Ou peut-être n’existe-t-il pas de solution globale, ni de récit vraiment consolant, la guerre, la violence et les conflits ont toujours accompagné l’histoire humaine. Il suffit de relire nos classiques, de Hobbes à d’autres, pour s’en convaincre.

Mais une chose demeure certaine, nous sommes en train de vivre un monde totalement nouveau, et
si nous renonçons à penser, à parler juste, à transmettre, alors l’histoire se répétera sans résistance aucune.

Tenir debout aujourd’hui ne consiste pas à croire que tout ira bien.
Cela consiste, j’en suis convaincu, à faire, chaque jour, ce qui dépend encore de nous, en pleine conscience, sans haine, sans illusion, sans renoncement.

Et ce n’est pas rêver.
C’est refuser de se coucher.

Pour aller plus loin, quelques repères (parmi beaucoup d’autres…)

Alt="Casque abandonné dans un champ symbolisant le refus de la guerre"
Casque abandonné dans un champ

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  1. merci Blase pour ce résumé clair de ce qui est possible en ces temps compliqués!

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